ARTHUR SCHNITZLER   documentaire de 48' d'andrée moraccHini
   
 
En 1895, Vienne, bastion du libéralisme par excellence, fut balayée par un raz de marée
chrétien social. La politique du parti vainqueur
combinait tout ce que les libéraux bon teint avaient
en horreur : l'antisémitisme, le cléricalisme et le
socialisme municipal.

Cette défaite eut de profondes répercussions
psychologiques : plus que la décadence du
libéralisme, c'est son impuissance qu'elle marquait.
Comme l'action dans la cité s'avérait de plus
en plus vaine, pour ces libéraux déçus, l'art
devint un substitut, presque une religion où
puiser un sens à la vie, où trouver les nourritures
spirituelles.

Alors de derrière le masque des valses de Vienne
sirupeuses et hypocrites surgirent les sons
dissonants de Schoenberg, la sensualité des
tableaux de Klimt, puis le dénuement cru de
Schiele, la pénombre des âmes de Schnitzler...

Fils d'un laryngologue réputé, Schnitzler, malgré
ses penchants dès l'enfance pour l'art dramatique,
devient médecin selon les volontés de son père,
mais s'intéresse particulièrement aux maladies
mentales. Il devient un expert en hypnotisme
à des fins cliniques. Schnitzler, qui ose parler
librement des femmes, de la sexualité,
de l'antisémitisme, de l'honneur de l'armée et
de son hypocrisie, des fantasmes de l'inconscient,
de la pénombre des âmes, et cela avec une telle
lucidité, déroute une société viennoise brillante,
légère, frivole, qui dissimulait adroitement misère
et mensonges sous les strass et les rires,
parce qu'il lui renvoie sa propre image.

Mieux qu'aucun autre, il a su décrire, avec une
grande lucidité, la matrice sociale dans laquelle
prirent forme nombre des composantes de la
subjectivité du XXème siècle : la culture morale
et esthétique moribonde de la Vienne fin de siècle.
Schnitzler est l'auteur par excellence du passage
d'un monde à l'autre, de celui du XIXème, qu'il
décrit de façon satyrique avec ses hypocrisies et
ses masques, à celui du XXème, qu'il annonce avec
toute sa modernité, le monde où les instincts et
l'inconscient trouveront leur place.
/ générique

Un documentaire d' Andrée Moracchini

Produit par Michel Rotman et Marie Hélène Ranc

Montage Dominique Roy

Image Dan Barcea , Stéphane Carbon

Son Michael Spitzl

Musique originale Richard Bois


Avec la participation de France 3

© Kuiv Productions 2003